Temps triste dans les Pyrénées mais tandem heureux !

J’avais auparavant gravi plus d’une centaine de cols dans la plupart des massifs français mais encore jamais, je n’avais eu la chance ou l’opportunité d’en escalader dans les Pyrénées, j’en rêvais. Par contre il fallait trouver la personne idoine, disponible, motivée et en capacité physique susceptible de m’accompagner lors d’une aventure montagnarde dans cette région. Au cours d’une discussion l’an passé avec Henri Bourel à la semaine fédérale de cyclotourisme d’Albi, je lui avais fait part de mon souhait et spontanément il m’avait répondu favorablement. Henri ce fut pour moi une belle rencontre inoubliable et Comme disait le poète Paul Eluard : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ».

Dessin  de Grémi :  "Henri pilotant Joseph"

Henri, installé à Ondres à côté de Bayonne, est au-delà d’être une personne altruiste, un « Grand Monsieur » du cyclotourisme. Il a entre autres à son actif plusieurs Paris-Brest-Paris, de nombreuses diagonales et des expéditions au long court en tandem avec Mireille, son épouse. Le dernier en date fut le Mexique et l’Amérique Centrale organisé par la FFCT. Henri et moi le vendredi à Bayonne avant le transfert pour LuchonEn consultant le calendrier fédéral, d’un commun accord, nous avions choisi la seule organisation dans les Pyrénées qui a lieu tous les deux ans, la randonnée Luchon – Bayonne des 25 et 26 juin 2016.Affichette Luchon Bayonne 25 et 26 juin 2016

Arrivé en TGV à Bayonne le mercredi 22 juin, je suis accueilli par Henri et le lendemain nous procédons à une petite sortie pour peaufiner quelques réglages du tandem. De plus, c’est la première fois que nous roulons ensemble et l’essai s’avère des plus concluants. Le vendredi, en tout début d’après-midi nous allons au gymnase à Bayonne pour les modalités d’enregistrement et ensuite nous effectuons le transfert en autobus jusqu’à Bagnères-de-Luchon, aux portes de l’Espagne. Sur place, nous sommes hébergés au chalet du Lys où à la suite du repas, nous essayons de dormir quelques heures avant la grande journée qui se profile. Nous petit-déjeunons vers 5 H dans une ambiance sympathique.

Avec Henri  au départ le samedi à 6H30C’est à 6H30 que nous prenons le départ le samedi 25 juin, parmi la foultitude de cyclotouristes prêts à braver les cols de cette mythique randonnée pyrénéenne. A peine échauffés, nous sommes d’emblée dans l’ambiance, avec le col de Peyresourde, coiffé d’un ciel couvert et brumeux. Nous escaladons à notre rythme les 15 km d’ascension. Henri m’annoAu col du Peyresourde 1569 mnce que ce col est particulier comportant des paliers et que le début est bien raide. Effectivement, je le constate assez rapidement. Les villages et forêts du Luchonnais sont derrière nous, m’indique Henri, et laissent la place aux pâturages d’altitude. Après la pause photo devant le panneau du col, nous poursuivons par une descente jusqu’à Arreau et sommes frigorifiés malgré les coupe-vent. La vallée d’Aure atteinte, sous le crachin, nous enchaînons par le col d’Aspin long de 13 km, plus régulier que le précédent. Autour de nous, les nombreux véhicules suiveurs forment une longue caravane qui progresse lentement et parfois gênent les innombrables vélos.Au col d'Aspin 1490m Durant notre ascension nous recevons de nombreux encouragements de cyclistes français mais surtout espagnols, venus en nombre à cette randonnée puisque représentant plus de 60 % des participants. Ils savent ô combien que le tandem est difficile dans cet exercice. Tous ces soutiens nous donnent du baume au cœur et nous stimulent pour aller au bout de ce défi. La fatigue commence néanmoins à se faire sentir alors que nous sommes parvenus au sommet, mais un copieux ravitaillement nous requinque. La brume épaissie ne permet pas à Henri de me décrire au mieux les paysages, toutefois le tintement des clarines me signale la présence de vaches pyrénéennes. Le sol étant gras, nous descendons prudemment, le tandem heureusement équipé de freins à disque hydraulique nous sécurisent. Aussi, Henri doit faire au dernier moment des écarts afin d’éviter de justesse des vaches traversant avec un train de sénateur. Toujours gelés, à Sainte-Marie de Campan, nous abordons les 17 km montant jusqu’au juge de paix de la journée, le légendaire Tourmalet.Au sommet du Tourmalet 2115 m Les petits développements du tandem s’avèrent vraiment nécessaires pour affronter ce « monstre sacré ». Eu égard aux conditions météorologiques et aux efforts fournis, des crampes commencent à faire leur apparition. Au niveau des paravalanches où la route se cabre, des passages à plus de 10 %, nous sommes contraints de mettre pieds à terre et marchons quelques hectomètres jusqu’à la station de La Mongie. La pause restauration dans un café nous réconforte et nous redonne un peu d’énergie. Ensuite, la route se redresse devant nous, surtout dans les virages, et debout sur les pédales nous grimpons difficilement mètre par mètre. C’est à la force du mental que nous réussissons enfin à nous hisser au sommet, où il ne fait que 8° C°.Joseph devant la stelle de Jacques GODDET au Tourmalet Nous voici devant le géant des Pyrénées culminant à 2115 m où nous prenons une photo pour figer l’événement. Au cours de la descente, c’est à Barèges que nous faisons une halte pour tamponner nos cartes de route juste avant que le contrôle ne « plie bagage ». Puis nous dévalons une route sinueuse jusqu’à Argelès-Gazost où un nouvel arrêt s’impose. Les cuisses encore douloureuses, c’est à force de volonté, même si nous mettons pieds à terre épisodiquement, que nous escaladons les 20 km du col du Soulor sous la pluie. Au sommet du col du Soulor 1474mArrivés au sommet, un ravitaillement  nous ravit avec entre autres des spécialités locales. Après une courte descente, nous enchaînons à nouveau par 10 km d’ascension afin d’atteindre le sommet de l’Aubisque  avec pour seul regret de ne pouvoir apprécier pleinement le cirque du Litor, recouvert d’un blanc cotonneux. Joseph au sommet de l'Aubisque 1709mLa progression est lente, difficile, amoindris par la somme des efforts consentis depuis le matin et finalement nous atteignons le sommet où Henri prend une photo sous UN brouillard dense. Par la suite, la visibilité étant restreinte, le sol scabreux à certains endroits telle une plaque de gravillons fraîchement rajoutés, nous obligent à plonger précautionneusement dans la vallée d’Ossau jusqu’à Gourette puis Laruns. Gelés, grelottants et trempés, nous entrons dans le premier restaurant/hôtel vers 20 H 30 où une bonne garbure, soupe gasconne consistante, nous réchauffe. Après maintes tentatives infructueuses pour trouver une chambre d’hôtel, c’est seulement à 23 H, suite à un désistement inopiné, que nous en obtenons une dans cet hôtel. Il faut croire que la chance enfin nous sourit. Une bonne douche chaude et quelques heures de sommeil nous revitalisent.

Panorama au col d'OsquichLe lendemain, nous sommes optimistes puisque les jambes n’ont plu de contractures et nous décidons de partir aux aurores. Le ciel est encore couvert mais notre moral est au zénith, prêt  à affronter les 160 km restants. De plus, le relief s’annonce beaucoup plus favorable au tandem. C’est d’un bon train que nous atteignons Oloron-Sainte-Marie pour pointer nos cartes de route et continuons jusqu’à Tardets où nous prenons un petit-déjeuner dans un café. Ensuite, nous suivons un groupe d’espagnols et pendant plus de 10 km le TGV (Tandem à Grande Vitesse) est eJoseph devant l'église de Musculdyn action. En effet, nous roulons à près de 40 km/h jusqu’à Mauléon. Il faut alors être raisonnable et après ces sensations grisantes de vitesse, nous décélérons l’allure. A Musculdy, village situé juste avant le col d’Osquich, nous enlevons les blousons pour aborder cette montée. Celle-ci, longue de 5 km, est plus raide au début puis s’adoucit. Nous adoptons une cadence régulière, sans forcer. En haut du col, des centaines de cyclotouristes s’agglutinent devant le ravitaillement gargantuesque. Profitant du ciel dégagé, Henri prend une photo du panorama et nous repartons. Avant d’atteindre Hasparren, lors d’une descente, aplatis sur notre monture, en position aérodynamique, mon pilote m’informe que nous avons atteint 77 km/h, un vrai régal ! Joseph et Henri au col d'Osquich 500mCertes, nous avons quelques côtes dans le pays basque mais la forme étant là, nous gardons une cadence soutenue jusqu’à Bayonne, où à 14 H, nous en terminons sous un soleil radieux. Nous sommes évidemment éreintés mais très heureux d’avoir été au bout de ce périple assez ardu.

 

A la suite de la réception, une bonne surprise nous attend, nous sommes fiers d’apprendre que les officiels nous mettent à l’honneur. Remise du maillot par le président du Club Cyclo de Bayonne, Joseph et Henri. En effet, nous étions le seul équipage tandémiste sur les 1300 inscrits et 1100 participants à réaliser ce brevet cyclotouriste des cimes françaises.Un merci chaleureux à Henri qui me pilotait pour la première fois et m’a permis de réaliser un de mes rêves en escaladant ces célèbres cols pyrénéens. En outre, Jean-Henri DEBURGGRAEVE et son équipe de bénévoles de l’Aviron Bayonnais Cyclotourisme méritent un grand bravo pour avoir tout mis en œuvre afin que cette organisation soit une totale réussite avec de la bonne humeur et des prestations à la hauteur de l’événement.

Le président  du Club Cyclo de Bayonne (Aviron Bayonnais), l'adjointe au maire chargée des sports, Joseph et Henri à droite

17 réflexions au sujet de « Temps triste dans les Pyrénées mais tandem heureux ! »

  1. Bravo! tandem de choc et naissance (je pense) d’une belle Amitié. Bravo Joseph. Merci Henri pour ta gentillesse et ton eternel disponibilité. Au plaisir de partager un bout de route avec vous. Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

    • Merci à tous les deux,Sylvie et Philippe, Henri et Mireille, son épouse, sont des personnes adorables, ils ont tout naturellement un bel esprit de solidarité, une grande générosité qui sont inscrits dans leurs ADN.
      Au plaisir de se rencontrer.
      Bises.
      Joseph

  2. On s’y croirait! Magnifique récit Joseph. Quelle journée de forçats sur les routes et cols Pyrénéens ce fameux samedi!!! Je suis admiratif… Merci de nous avoir fait partager cette belle aventure. Bravo à tous les deux.

    • Merci Jean-Marc pour ton commentaire si sympathique. Certes, ce fut dur mais à l’arrivée, quel bonheur d’avoir réalisé ce défi.
      Amicalement.
      Joseph

  3. Pas de bol pour la météo et pourtant un grand bol d’air dans le meilleur des pyr..énées. Lorsque chacun s’y colle (6 cols) cela fait un beau peloton sur les routes.
    Des grelots et parfois des clarines autour du col pour des ascensions sensationnelles.
    « Gelé, mais je l’ai le beau maillot », ce que d’illustres participants pourront aujourd’hui témoigner.
    Un exemple de ténacité et de courage qui porte bien haut l’action collective et ses valeurs. A bientôt sur les routes.

    • Merci François, je reconnais bien là ton humour avec un commentaire truffé de jeux de mots et de calembours. Au plaisir de se revoir à Dijon avec Arc-en-Ciel Aventure.
      Amicalement.
      Joseph

  4. Un rendez-vous pour moi riche en vécu.
    Le calme de Joseph et la témérité de notre binôme, nous à permis de venir a bout des conditions atmosphériques pas toujours favorables.
    La descente du col d’Aubisque fût bien appréhendée grace au comportement de pleine confiance du partenaire.
    L’osmose de notre équipage heureux à été ressenti sur notre TGV dans les côtes du Pays Basque.
    Une aventure humaine mise en valeur par l’Aviron Bayonnais : merci a eux et surtout a Joseph !!!!….l’aventure continue

  5. Un rendez-vous pour moi riche en vécu.
    Le calme de Joseph et la témérité de notre binôme, nous à permis de venir a bout des conditions atmosphériques pas toujours favorables.
    La descente du col d’Aubisque fût bien appréhendée grace au comportement de pleine confiance du partenaire.
    L’osmose de notre équipage heureux à été ressenti sur notre TGV dans les côtes du Pays Basque.
    Une aventure humaine mise en valeur par l’Aviron Bayonnais : merci a eux et surtout a Joseph !!!!….l’aventure continue aussi faut-il y croire et le vouloir

    • Henri, je me joins à toi, afin de remercier à nouveau l’Aviron Bayonnais Cyclotourisme, ils ont été formidables ! Pour moi aussi, ce fut une belle aventure, nous étions dopés à une seule chose, l’esprit de partage. C’est vrai que dans la difficulté, à deux, on est plus fort !
      Amitiés.
      Joseph

  6. Encore une belle aventure et un un récit plein de vie et de chaleur que nous fait partager Joseph. Je suis toujours admiratif de ton énergie, ta volonté et ta « positive attitude », dans le sport comme dans la vie en gérénral. Alors encore bravo !
    Amitiés d’un collègue.

    • Merci Christophe pour ton message.
      Henri m’a permis de réaliser un rêve et cela n’a pas de prix. Comme disait Paolo Cuelo : « C’est justement la possibilité de réaliser un rêve qui rend la vie intéressante. »
      Amicalement.
      Joseph

    • Je te remercie Robert au plaisir de se revoir à la semaine fédérale à Dijon.
      Amitiés.
      Joseph

  7. Comme je connais un peu cette magnifique région en tant que touriste et un peu à vélo,avec toutes les difficultés et ce temps médiocre que vous avez subi,toutes
    mes félicitations à vous deux pour ce périple et également ce compte-rendu super.

    • Merci Marcel, je ne manquerai pas de féliciter de ta part Henri que tu as eu la chance de connaître lors du voyage itinérant Poitiers – Paris en 2010 avec Arc-en-Ciel Aventure.
      Amitiés.
      Joseph

    • Merci Michel, je transmettrai tes félicitations à mon pilote Henri.
      Michel, notre seul « moteur » était la motivation d’aller au bout de ce défi. Ce fut très dur mais c’est souvent dans la difficulté que l’on se forge des souvenirs, des anecdotes.
      Amitiés.
      Joseph

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