Paris La Mer 2025 : 20 ans après ma première participation

La randonnée Paris – La Mer (PLM) se déroule habituellement tous les deux ans. Après le BRM 300 réalisé en avril, cette manifestation, organisée par le Cyclo-Club du Vexin (CCV), me tient à cœur. J’en fait un objectif prioritaire de l’année. Elle aurait dû avoir lieu en 2024 mais l’hébergement au château de Chantereine à Criel-sur-mer a fait défaut. Alors pour cette nouvelle édition, nous aurons un nouvel itinéraire de 380 km sur deux jours qui nous amènera jusqu’à Colleville (Seine-Maritime) où nous serons logés, située à 8,5 km de Fécamp. Un autre parcours moins long sera proposé avec un départ déporté à Etrépagny dans l’Eure, près de Gisors.

Compte tenu de ma cécité, il me faut trouver une personne pour m’accompagner en tandem. Pour mon plus grand plaisir, Thierry Dumas fait preuve d’altruisme en acceptant ma sollicitation d’autant qu’il n’a jamais réalisé une telle distance en tandem. Ce sera l’occasion de relever le défi. Thierry est un cyclotouriste expérimenté ainsi qu’un excellent pilote de tandem. De plus, il a pris uniquement sa licence à l’U.S Cergy Cyclo dans le seul but de piloter des déficients visuels, ce qui est tout à son honneur.

A 6 H, le samedi 28 juin 2025, au parc des sports de Saint-Ouen-L’Aumône, nous sommes quatre adhérents du club, avec Elisabeth et Henri à prendre le départ de cette randonnée. Elisabeth s’est inscrite mais avec une condition c’est que nous devons l’attendre à chaque changement de direction. C’est en accord avec Henri que nous l’acceptons.

Élisabeth, Joseph, Thierry et Henri

Élisabeth, Joseph, Thierry et Henri

Des fortes températures sont prévues pour ce week-end et de bon matin, il fait déjà 18° C° malgré un ciel couvert. Très rapidement, nous quittons l’agglomération pour suivre des routes de campagne dans le Vexin français que nous connaissons. Nous sommes dans les Hauts de France et au km 35, il nous faut fournir un bel effort pour se hisser en haut du Petit-Serans, au cœur du bois de la Molière. Cette butte située dans l’Oise est un des points hauts de la région d’où la présence d’une antenne relais. Ensuite, nous passons à Dangu dans l’Eure et nous sommes en Normandie. A partir de là, le GPS va être d’une grande utilité à Thierry pour suivre le circuit. Nous arrivons à Etrepagny où nous attend un ravitaillement prévu par le CCV. Par ailleurs, les autres cyclos ayant opté pour un départ déporté se mettent en action. Peu après, nous voici à Lyons-la-Forêt qui est l’un des plus beaux villages de France. Nous trouvons des barrières et sommes contraints de mettre pied à terre. Nous traversons le centre-ville et sommes toujours admiratifs devant la magnifique halle du XVIIIème siècle. Thierry me lit des panneaux indiquant que durant ce week-end c’est la fête de la fleur avec de nombreux exposants.

La grande halle de Lyons la Forêt

La grande halle de Lyons la Forêt

. Nous remontons sur notre monture et très vite nous avons une belle côte. Juste devant nous, nous avons un cyclo de Frépillon qui monte à son rythme. Thierry m’encourage à accélérer l’allure et nous le dépassons allègrement. Cela fait toujours plaisir de doubler un vélo solo car dans les bosses le tandem est désavantagé.

Par la suite, on s’arrête pour attendre nos collègues de club quand nous voyons un cyclo sortant d’un café et il a l’air perdu. On lui demande s’il fait partie du PLM et nous répond par l’affirmative. Il a des soucis avec son GPS et a perdu les deux amis de son club de Gagny. On lui propose de prendre notre roue et d’aller ensemble jusqu’à Tandos, lieu du déjeuner. Au km 111, nous y sommes et ils retrouvent enfin ses coéquipiers. Henri s’aperçoit que son pneu arrière est dégonflé, sûrement dû à une crevaison lente, il décide de réparer après le repas. Ce restaurant ouvrier, réservé au préalable par le CCV pour cette organisation, nous sert rapidement et les plats sont bons et de surcroît copieux.

Au restaurant à Tandos

Au restaurant à Tandos

Nous repartons ensemble et maintenant les trois cyclos de Gagny nous demandent de les guider. Bien évidemment, nous acceptons. Les routes de campagne sont agréables en traversant des villages fort sympathiques. Soudain, j’entends des aboiements rauques d’un chien non attaché avec un air agressif qui se met à nous courser. Alors avec Thierry nous piquons un sprint pour le distancer. Au bout de quelques hectomètres à 40 km/h, le molosse finit par abandonner, gagné par l’épuisement. Ouf, on l’a échappé belle ! Nous approchons de Collevile en Seine-Maritime et le ciel se découvre laissant place à un soleil radieux. Elisabeth et deux cyclos de Gagny sont harassés et décident de rejoindre directement le centre d’hébergement. Quant à nous, nous sommes venus voir la mer alors on emprunte la voie verte pour arriver à Fécamp. Il est 17 H, ça y est, nous y sommes. Je sens les parfums aux notes d’embruns qui caressent mes narines, l’air est vif, le remous des vagues et le cri des mouettes enchantent mes oreilles. Nous admirons le panorama avec des vues sur les falaises blanches. La Manche n’étant pas trop agitée, le téméraire Henri a tout prévu, il se met en maillot de bain et rentre dans l’eau.

Joseph, Henri et Thierry

Joseph, Henri et Thierry

En ce qui nous concerne, nous profitons de ce moment pour se détendre en se délectant de rafraîchissement au bord de la plage. Nous rejoignons ensuite notre gite à Colleville. Durant toute la journée, j’ai pleinement profité des parfums de campagne exhalées au fil du trajet bucolique. L’oreille attentive, j’ai écouté Thierry me dépeindre la variété des paysages. J’ai pu ainsi m’imaginer les villages avec leurs maisons en brique rouge ou à colombage, les champs de céréales, les forêts, les prairies, les vaches et les chevaux, croisés çà et là.

La plage de Fécamp et ses galets

La plage de Fécamp et ses galets

Après une bonne douche décontractant nos muscles suite à ce bel effort, un apéritif est offert par les organisateurs avant le dîner au gite. Le repas est succulent avec des produits bio et le tout fait-maison.

Neuf heures, vingt six minutes et quarante six secondes pour les cent quatre vingt douze kilomètres six cents à l'aller.

Neuf heures, vingt six minutes et quarante six secondes pour les cent quatre vingt douze kilomètres six cents à l’aller.

Le lendemain vers 8 H, c’est sous un ciel ennuagé que nous repartons. La forme est toujours au rendez-vous mais Thierry me met en garde, le trajet retour sera un peu plus long qu’à l’aller avec un dénivelé plus important. Nos camarades Christine, Claude et Jean-Claude de Gagny souhaitent nous accompagner profitant de notre guidage. Peu après, sur la route, nous conversons avec Martine, une cyclote du club de Sceaux dans les Hauts-de-Seine ayant une cadence identique à la nôtre, nous lui suggérons de rouler ensemble.

Dimanche matin c'est le retour. Thierry et Henri

Dimanche matin c’est le retour. Thierry et Joseph

A Duclair, au km 51, il nous faut prendre le bac pour gagner l’autre rive de la Seine.

A Duclair, nous prenons le bac.

A Duclair, nous prenons le bac.

Nous longeons pendant un moment le fleuve avec des portions roulantes. Thierry me surprend en imprimant un rythme soutenu, que nous gardons grâce à notre parfaite complémentarité. Notre condition physique nous permet, dès que le relief s’y prête, de nous faire plaisir en accélérant l’allure. C’est l’addition de nos deux forces sur les pédales qui lance le TGV (Tandem à Grande Vitesse), un vrai bonheur ! D’une manière générale, à deux sur un vélo, cela devient un sport collectif, et c’est même incontournable lorsque l’on est, comme moi, non-voyant. C’est à ce moment-là qu’avec un jeune cyclo local on se dispute ardemment la première place jusqu’à l’église de La Bouille où nous attendons nos camarades. Ils nous félicitent car il était en phase de récupération et on lui a donné du fil à retordre à 37 km/h. Ce fut une belle partie de manivelles.

Nous sommes admiratifs devant ce joli village médiéval au bord de la Seine. Son architecture typique normande avec ses maisons à colombages lui donne du cachet. La Bouille a aussi été une source d’inspiration pour les peintres impressionnistes ainsi que pour les écrivains. Nous avons une belle vue sur le château de Robert le Diable érigé vers les XI et XIIème siècles qui surplombe la Seine, c’était autrefois une forteresse mythique normande. 

Le château de Robert le Diable qui domine la Seine et le village de La Bouille

Le château de Robert le Diable qui domine la Seine et le village de La Bouille

Le soleil fait son apparition ainsi que la chaleur qui s’abat sur nous. L’estomac crie famine et nous avons hâte de rejoindre Igoville où se situe le restaurant, l’Auberge du Pressoir.

Au bout de 90 km, nous y sommes et cette pause va nous faire le plus grand bien. Comme d’habitude, le déjeuner est bien apprécié de tous. Nos chemins se séparent avec Martine car elle a opté pour le parcours allégé. A cause de la digestion et de la canicule, la remise en selle est loin d’être aisée. Nous empruntons un pont étroit pour passer une boucle de la Seine.

Passerelle au-dessus d'une boucle de la Seine

Passerelle au-dessus d’une boucle de la Seine

Nous voilà maintenant aux Andelys dans l’Eure. Pas de temps de contempler les ruines du château Gaillard du XIIème siècle car nous devons escalader une belle et longue côte avec des pourcentages atteignant les 13 %.

Ruines de château Gaillard aux Andelys

Ruines du château Gaillard aux Andelys

C’est en adoptant un petit développement et avec de la volonté que nous nous hissons sur le plateau. Thierry a raison, le parcours est exigeant et les montées s’enchaînent. C’est à Bray-et-Lu en Val d’Oise que nous quittons la Normandie pour retrouver le Vexin français,. Encore une belle grimpette et nous voilà à Villarceaux où se trouve le dernier ravitaillement. Les boissons rafraichissantes sont les bienvenues eu égard à la chaleur suffocante. Elisabeth est trop éreintée et n’a plus d’énergie pour monter jusqu’à Vigny, dernière difficulté. Elle décide d’appeler son mari pour qu’il la récupère en voiture à Théméricourt. Il nous reste encore 40 km avant d’arriver à Saint-Ouen-L’aumône, un itinéraire que nous empruntons souvent. C’est vers 19 H que nous arrivons enfin avec plus de 190 km au compteur. Christine, Claude et Jean-Claude nous remercient grandement pour notre compagnie.

Vers dix-neuf heures, c'est l'arrivée à Saint-Ouen l'Aumône.Joseph, Thierry et Henri

Vers dix-neuf heures, c’est l’arrivée à Saint-Ouen l’Aumône. Joseph, Thierry et Henri

Je suis ravi d’avoir bouclé mon neuvième Paris – La Mer, chaque édition ayant été courue avec un pilote différent. Ce week-end cyclotouriste, où solidarité, partage et complicité ont été présents, fut un très bon crû

J’adresse mes félicitations et remerciements les plus vifs à Thierry qui, par sa générosité, a permis mon engagement pour cette randonnée que j’affectionne tant. Il m’a agréablement surpris en étant au meilleur de sa forme. C’était ma neuvième participation et à chaque fois je le vis comme une aventure différente. Pour l’anecdote, en 2005, mon tout premier PLM avec Stéphane, nous étions onze de l’U.S Cergy Cyclo à y prendre part.

Enfin, je remercie chaleureusement les membres du Cyclo Club du Vexin, pour leur organisation irréprochable et leur sens de l’accueil. Cette édition inédite 2025 avec un nouvel itinéraire, a été couronnée de succès avec 75 inscrits, restera dans ma mémoire.

Texte : Joseph AGRO

Photos : Thierry DUMAS

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