Un BRM 200 en tandem et en solidaire

  Cette année également, j’aspire à participer à un brevet des randonneurs mondiaux (BRM). Une belle opportunité s’offre à moi puisque le 11 avril, un BRM 200 sera organisé par mon club, l’Union Sportive Cergy Cyclotourisme. Comme d’habitude, eu égard à ma cécité, il me faut trouver un partenaire acceptant de m’accompagner en tandem. A ma grande satisfaction, Thierry Dumas fait preuve d’altruisme en répondant spontanément à ma demande. Ce sera une grande première pour lui d’autant qu’il n’a jamais participé à un brevet. J’ai une confiance aveugle en Thierry, excellent pilote de tandem, ayant de grandes ressources physiques et mentales. C’est un véritable défi sportif qui l’attend. Pour les non-initiés, l’objectif d’un BRM est de parcourir un itinéraire sans assistance, dans un délai imparti, soit 13 H 30 pour 200 km. Il faut être autonome, avec une feuille de route et une carte à pointer lors des différents contrôles. Ma dernière participation à un BRM 200 date de 2024 en compagnie de Bruno. Avec Thierry, nous avons réalisé, en guise d’entraînement, début avril une sortie de 150 km allant jusqu’en Normandie. C’était une boucle Cergy/Ecouis/Cergy avec des conditions difficiles. En effet, nous avons eu droit à des fortes rafales de vent de 50 km/h, de la pluie pendant plus de 60 km et en prime une crevaison. Malgré toutes ses mésaventures, nous gardons le moral en se disant que nous ne pourrons avoir pire durant le brevet. Sauf que toutes les prévisions météorologiques annoncent des précipitations pour le jour J. Tant pis, après concertation, on décide de se lancer dans cette aventure et de se préinscrire auprès de Lionel et Jean-Pierre, co-organisateurs. Espérons ardemment que le temps soit plus clément.

Parcours du BRM 200

Parcours du BRM 200

  Ce samedi 11 avril, le réveil est très matinal. Comme convenu, j’attends Thierry à 6 H 30 devant mon garage et bien évidemment, il est ponctuel. Il ne fait pas encore tout-à-fait jour mais les oiseaux chantent déjà à gorge déployée. Nous enfourchons le tandem, tous feux allumés, afin de nous rendre à la MJC de Cergy-Village, située à quelques hectomètres de mon domicile. Comme tous les participants, nous sommes chaleureusement accueillis par Lionel et Jean-Pierre ainsi que les lève-tôt de mon club venus prêter main-forte pour l’organisation. Ils nous motivent et nous encouragent pour cette épreuve. Nous retrouvons au départ Bruno de notre club avec son vélo couché. A l’instar du tandem, il ne passe jamais inaperçu avec sa monture. Avant de partir à 7 H, Bruno nous prend en photo.

Thierry et Joseph

Thierry et Joseph

  Nous quittons Cergy sous une température de 9° C mais avec un vent plutôt défavorable.
Assez rapidement, nous quittons l’agglomération pour suivre la vallée de la Viosne avec ses villages et routes de campagne du Val d’Oise que nous empruntons régulièrement. La cadence est soutenue et le moral est au beau fixe. Nous roulons de concert avec Bruno jusqu’au moment où il fait une pause pour satisfaire un besoin naturel. Nous continuons notre chemin sachant qu’il nous rejoindra sans problème. Le soleil fait une courte apparition mais assez vite les nuages le dissimulent. A Serans, nous quittons l’Ile-de-France pour les Hauts-de-France et les routes de l’Oise. Juste après Vaudancourt, nous passons à Boury devant son beau château du XVIIème siècle.

Le château de Boury en Vexin (1685)

Le château de Boury en Vexin (1685)

  Par la suite, à Dangu, nous entrons dans le département de l’Eure et nous voici en Normandie. Nous sommes doublés par trois cyclos, je demande à Thierry de les rejoindre afin de converser avec eux. Ils sont licenciés dans un club de Levallois-Perret. Ils ont déjà réalisé plusieurs fois ce brevet tout simplement parce que le parcours leur plaît. Nous arrivons à les suivre malgré leur vive allure jusqu’au moment où l’un d’entre eux a une petite défaillance alors ils ralentissent. Par la suite, nous traversons des vastes cultures céréalières à perte de vue. Nous avons en ligne de mire un autre cyclo que nous rattrapons allègrement. Après quelques mots échangés, il s’avère qu’il réalise le brevet du club sans être inscrit et en plus, il se permet de prendre la roue du tandem afin d’être protégé du vent. Alors sans se concerter, outré par son attitude, on accélère le rythme afin qu’il décroche. C’est un comportement lamentable. Il a téléchargé l’itinéraire sur son GPS et nous nargue en réalisant ce brevet le même jour que notre organisation. Ce n’est pas 5 € pour un licencié et 8 € pour un non licencié qui l’aurait ruiné vu le prix de son vélo, d’après Thierry.
  Nous arrivons au km 75 à Ecouis, premier contrôle. C’est un village du Vexin normand avec une collégiale imposante et surprenante par rapport à la taille du bourg. sa façade principale est encadrée par deux tours massives qui se repèrent de loin.

Collégiale Notre-Dame d'Ecouis (1310-1313)

Collégiale Notre-Dame d’Ecouis (1310-1313)

  Une halte à la boulangerie est la bienvenue. On en profite pour consommer une viennoiserie et faire tamponner nos cartes de route. Par la même occasion, nous prenons aussi un sandwich pour la pause méridienne. Vu la taille de celui-ci, une baguette entière, nous demandons à la boulangère de le couper en deux. C’est un commerce qui ne lésine pas sur la quantité. Nous enfourchons notre monture et voilà Bruno qui nous rejoint. A la sortie du village, il s’arrête devant le panneau afin de le prendre en photo prouvant qu’il est bien passé à cet endroit n’ayant pas le temps de s’arrêter dans un commerce. Nous poursuivons notre itinéraire et à Radepont, avant Fleury, au bord de la rivière l’Andelle, le paysage est magnifique.

Château de Radepont (reconstruit fin XIXème siècle

Château de Radepont (reconstruit fin XIXème siècle

  Nous sommes tout proche des ruines de l’abbaye de Notre-Dame de Fontaine-Guérard située à côté du cours d’eau, blottit au cœur de la forêt domaniale de Lyons. Cette abbaye cistercienne féminine date du XIIème siècle et ses vestiges sont classés aux monuments historiques.

Abbaye Notre-dame de Fontaine-Guérard (1190)

Abbaye Notre-dame de Fontaine-Guérard (1190)

  Après avoir traversé la rivière, une montée longue et pentue nous fait face et le petit plateau s’avère utile. Dans la côte, Thierry aperçoit dans le rétroviseur un vélo couché mais c’est bien sûr notre ami Bruno qui a dû s’employer à nous rattraper.
Nous basculons ensuite dans une belle descente au milieu des bois, un vrai bonheur. A Lisors, nous passons non loin de l’abbaye de Mortemer qui fut la première abbaye cistercienne de Normandie. Au km 105, nous voici enfin arrivés au deuxième contrôle, Lyons-la-Forêt. Cet endroit fait partie des plus beaux villages de France, un label bien mérité. Il est en plein cœur de l’une des plus grandes hêtraies d’Europe. Dommage que le manque de luminosité ne mette pas en valeur ses rues jalonnées de maisons à pans de bois et briques.

Lyons la Forêt

Lyons la Forêt

Nous prenons place sous la halle afin de nous restaurer.

La grande Halle de Lyons la Forêt (XVIIème siècle)

La grande Halle de Lyons la Forêt (XVIIème siècle)

Juste à côté, nous allons au bar prendre un café et faire tamponner nos cartons.

Joseph, Thierry et Bruno au bar

Joseph, Thierry et Bruno au bar

  Nous repartons sous un ciel bien gris et la pluie menace à chaque instant. Le parcours se révèle être encore vallonné. Ce n’est pas facile surtout pendant la digestion mais la forme et le mental ne faiblissent pas. C’est à Saint-Germer-de-Fly que nous quittons la Normandie pour les Hauts-de-France en passant devant sa célèbre abbaye qui vaut le détour. Encore 7 km et nous serons au Coudray-Saint-Germer, lieu de notre troisième contrôle. Avant d’y parvenir, nous avons une très longue montée fastidieuse sur une route peu agréable mais heureusement avec un vent favorable. Enfin au KM 146, nous y sommes et ne trouvant pas de commerce, Bruno prend un selfie devant le panneau indiquant la localité.

Selfie à l’entrée du Coudray-Saint-Germer

Selfie à l’entrée du Coudray-Saint-Germer

  A la suite de cette pause, nous repartons avec un vent plutôt favorable et malgré les côtes (La Landelle, La Houssoye…), nous accélérons l’allure. Avec Bruno sur son vélo couché, nous prenons, à tour de rôle des relais appuyés. Dès que nous sommes en présence de portions roulantes, nous décidons de nous faire plaisir en mettant le TGV (Tandem à Grande Vitesse) en action. Le tandem c’est surtout du partage. C’est l’association de deux personnes différentes qui s’unissent dans un même effort solidaire. Pour moi, c’est une paire d’yeux pour quatre jambes, il m’arrive même lorsque j’enfourche ma monture d’en oublier ma cécité.
  A partir de Jouy-sous-Thelle, le bitume est détrempé, il est donc tombé des averses précédemment. Après la longue côte nous menant à Monneville, nous faisons un arrêt salutaire pour s’alimenter. C’est à Neuilly-en-Vexin que nous entrons dans le Val d’Oise et le final, avec Marines, Us, Ableiges, Boissy, souvent empruntés lors de nos entraînements, nous le connaissons les yeux fermés.

Le château de Neuilly en Vexin (XVIIème siècle)

Le château de Neuilly en Vexin (XVIIème siècle)

  A Us, je reçois une goutte de pluie, puis une autre, c’est un petit crachin qui va sûrement nous accompagner jusqu’à l’arrivée. A Boissy, Nous apercevons le pavillon de François Mazzuchelli qui nous a malheureusement quitté début février. Chaque fois que nous passons dans sa rue, j’ai une pensée toute particulière pour lui. C’était un cycliste émérite et un excellent compagnon de route. Je suis persuadé que de là-haut, il nous observe et veille sur nous.

François

François

  Il nous reste encore une dernière côte à grimper, celle d’Osny, avant de rentrer dans l’agglomération de Cergy et de rejoindre la MJC. Ça y est , nous sommes arrivés ! Je m’empresse de faire valider notre brevet. Je remercie vivement Thierry pour sa prouesse en relevant brillamment son challenge. cette épreuve a été validée en 8 H 57 alors qu’en 2024, j’avais mis 9 H 40. Agréablement surpris par cette performance, je n’en crois pas mes oreilles. Il faut dire que nous n’avons pas ménagé nos efforts toute la journée.
  Par ailleurs, Thierry m’a dépeint les différents paysages rencontrés entre cultures et bocages ainsi que les villages typiques traversés. Sans oublier les animaux que nous avons croisés principalement des vaches normandes et des chevaux dont un percheron. Quant aux cultures de colza, pas besoin de me l’annoncer, l’odeur si caractéristique de ses fleurs se repérait aisément. A certains endroits, des senteurs nauséabondes provenant des épandages et des engrais ont titillés mes narines.
  A l’instar des 28 participants, nous avons bien apprécié l’itinéraire proposé avec des paysages variés empruntant en majorité des routes aux paysages bucoliques. Je félicite mon club pour sa parfaite organisation et son accueil convivial.

Bruno, Joseph et Thierry

Bruno, Joseph et Thierry

                         Joseph Agro

 

Mise en page : Michel Vilpoix

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